Un journalisme qui dérange... Réponse à Mediapart !

Médiapart a publié, le 19 janvier 2025, un article intitulé « Action Écologie, autopsie d’une offensive anti-écolo issue de l’extrême droite ».

Je ne m’attendais pas à un portrait hagiographique, mais je dois dire que j’ai été frappé par la médiocrité de l’article et surtout par sa malhonnêteté. Cette volonté de me nuire est spectaculaire.

Voici un droit de réponse.

« L'article signé par Lucie Delaporte au sujet d'Action Écologie, organisation dont je suis le porte-parole, présente de graves manquements à la déontologie journalistique. Il n'a manifestement pour but que de nous classer, de façon impropre, dans le camp politique de « l'extrême droite » et d'entacher ma réputation. 

1.   Notre colloque à l'Institut de France

 Sans avoir été présente lors de l'évènement et sans citer la moindre source, Lucie Delaporte se permet d'indiquer que le colloque que nous avons organisé à l'Institut de France ne comptait qu'une quarantaine de personnes, « une majorité d'homme retraités » et qu'à « la pause-café » se croisaient « un représentant de l'Institut du porc », un « ancien des relations publiques de Bayer-Monsanto » et « un représentant du think tank libéral l'institut Sapiens ».

 Si Lucie Delaporte était venue à l'évènement ou si elle avait enquêté honnêtement, elle aurait su que la salle qui comptait 100 places assises était presque pleine (ce qui est confirmé par la liste d'émargement) et elle aurait pu noter la présence, en plus des personnes qu'elle mentionne, d'un écologue, d'un membre du Shift Project de Jean-Marc Jancovici, de plusieurs militants animalistes, d'un chasseur… En réalité, le public de ce colloque était très diversifié.

2.   Action Écologie et le climatoscepticisme

 Lucie Delaporte indique par ailleurs qu'il s'agissait d'un colloque « climatosceptique ». Or, comme le démontre le titre, le programme et les vidéos des interventions, ce colloque ne portait pas sur le climat, mais sur le mouvement de l'écologie qu'il s'agissait de comprendre et de caractériser. Lucie Delaporte indique aussi la présence de « plusieurs figures du Climatoscepticisme en France », mais ne cite étrangement que Benoît Rittaud, président de l'Association des Climato-réalistes. Qui étaient les autres climatosceptiques ? En réalité, aucun autre intervenant (Bertrand Alliot, Chantal Delsol, Philippe Fabry, Thomas Lepeltier, Jean-Paul Oury, Jean de Kervasdoué) ne peut sérieusement être rangé dans cette catégorie.

L'acharnement à vouloir absolument nous qualifier de « climatosceptiques » se poursuit lorsqu'elle indique que « Action Écologie assume à mots à peine feutrés son climatoscepticisme ». J'ignore ce qu'entend Lucie Delaporte lorsqu'elle emploie ce mot mais, pour éclairer notre position, elle aurait pu simplement retranscrire ce que nous exprimons quasi quotidiennement dans nos interventions publiques et ce que nous lui avons dit au téléphone : contrairement au ONG, nous sommes anti-catastrophistes et nous estimons que le réchauffement climatique actuel n'est pas synonyme d'apocalypse. Par ailleurs, nous estimons que les politiques anti-CO2 mises en place dans le cadre du Pacte vert qui induisent des dizaines de milliards d'euros de dépenses chaque année n'ont aucun résultat et n’en n’auront sans doute jamais. Il est donc temps, selon nous, de revenir aux sujets environnementaux dont plus personne ne parle : pollutions (eau, sol…), nuisances (bruit, déchets…), risques naturels et industriels.

Enfin, Lucie Delaporte déclare que je fais une « analogie glaçante » entre le climat et l'épidémie de sida mais se garde bien de rendre compte de la nature de mes propos. Lucie Delaporte m'a interrogé sur le « consensus scientifique » qui soutiendrait le diagnostic de catastrophe ou de crise écologique. Pour lui répondre, j'ai illustré ma position en faisant mention du rôle souvent délétère qu'ont eu certains scientifiques lors de certaines crises du passé. J'ai effectivement cité le Sida, mais aussi (ce qu'elle ne dit pas) la covid, la vache folle, le trou de la couche d'ozone, l'augmentation de la population mondiale, la technologie nucléaire. Dans toutes ces crises qui ont fait l'actualité pendant des mois, des années voire des décennies, certains membres de la communauté scientifique, en se transformant en activistes militants, ont participé à faire naître des paniques injustifiées au sein de la population. Or, une étude honnête et lucide de ces crises passées permet de constater que l'alarmisme fut porté à des niveaux disproportionnés au regard des enjeux réels.

Ce fut le cas en effet dans la crise du sida pour la population hétérosexuelle en occident comme le démontre par exemple James Chin, épidémiologiste et responsable de l'évaluation et la surveillance de l'épidémie de Sida à l'OMS dans son remarquable livre « The AIDS Pandemic: The Collision of Epidemiology With Political Correctness ». L'activisme scientifique, le militantisme associatif, le politiquement correct et la mobilisation de moyens financiers considérables ont, de façon répétée dans l'histoire récente, constitué un cocktail explosif ayant provoqué une explosion de l'anxiété parmi la population et ayant entraîné les autorités publiques dans des politiques inadaptées, dispendieuses et inefficaces.

3.       Action Écologie et la biodiversité  

Lucie Delaporte signale ensuite mon entretien au magazine Le Point où j'expliquerais selon elle « que la biodiversité se porte très bien en Europe ». La lecture dudit entretien lui aurait permis de constater que ces propos n'ont pas été tenus. J'ai, comme le reflète le titre de l'article, affirmé qu'il n'y avait pas « d'effondrement de la biodiversité en Europe » ce qui n'a pas du tout le même sens. Ensuite, Lucie Delaporte mentionne « une levée de bouclier de la communauté scientifique ». Une rapide étude de la polémique qui a suivi la publication de cet article démontre facilement que ce n'est pas « la communauté scientifique » qui s'est mobilisée, mais les organisations ou les personnalités du monde de l'écologie parmi lesquelles, pour les plus virulents, Quota Climat, Vert Le Média ou Hugo Clément.

4.   Entacher la réputation de Bertrand Alliot par tous les moyens

Lucie Delaporte consacre ensuite une partie de l'article à essayer d'entacher ma réputation avec des méthodes particulièrement scandaleuses. Elle affirme tout simplement que j'utilise abusivement de titres que je ne posséderais pas.

Je me présente peu ou prou toujours de la même manière : je suis « environnementaliste, ingénieur-maître en gestion de l'environnement et docteur en science politique ». Mais, Lucie Delaporte a découvert en parcourant Internet que j'étais, « sur certaines vidéos » (lesquelles ?), « présenté comme ingénieur tout court et parfois comme "professeur" d'université ».

Il est peut-être arrivé que je sois présenté par d'autres comme « ingénieur » alors que je suis en réalité « ingénieur-maître ». D'après elle, le titre d'ingénieur-maître n'est plus employé aujourd'hui « pour ne pas entretenir la confusion avec le titre d'ingénieur rigoureusement encadré par la loi ». Elle propage ici une fausse information. Le titre d'ingénieur-maître, lui aussi « strictement protégé par la loi », n'est plus délivré par l'université parce qu'il était attribué par les Instituts Universitaires Professionnalisés (IUP) au niveau Bac + 4, correspondant à un diplôme de maîtrise. Or, la mise en place du système LMD (Licence Master Doctorat) a fait disparaître le niveau Maîtrise et donc les IUP et, par là même, la délivrance du titre d'ingénieur-maître. Mais, ceux qui l'ont obtenu, comme moi, sont parfaitement en droit de le faire valoir.

Par ailleurs, comme le rappelle le site Techno-Science.net, le titre d'ingénieur-maître « a été créé par le législateur dans le but de former des ingénieurs universitaires dans des domaines alors délaissés par les écoles traditionnelles ». Autrement dit, le titre d'ingénieur-maître a été créé pour permettre aux universités de délivrer un titre proche de celui d'ingénieur… Non seulement, contrairement à ce que laisse penser Lucie Delaporte, je ne me présente jamais comme ingénieur, mais, en plus, si confusion il devait y avoir entre les deux titres, elle a été souhaitée non par moi, mais par le législateur lui-même.

Bref, si j'ai pu être qualifié, à de très rares occasions, d’« ingénieur », ce n'est pas de mon fait, ça n'a aucune espèce d'importance et, surtout, ça ne permet à personne d’affirmer que j’utilise « abusivement » d'un titre que je ne possède pas.

Le plus grave est encore à venir. Lucie Delaporte a donc trouvé un document (un seul !) datant de plus de 10 ans avant mon engagement à Action Ecologie et émanant de la Faculty of European Studies de Roumanie où je suis qualifié, d'après elle, de « "professeur" d'université ». Dans le cadre de mes fonctions d'enseignement à l'université, j'ai, pendant plusieurs années, donné des cours dans cette faculté et mes amis roumains ont cru bon de m'appeler « professeur » (et non « professeur d'université »). Quelle étrangeté d'être ainsi qualifié lorsqu'on a des activités d'enseignement... Mais, il faut donc noter que Lucie Delaporte écrit non pas « professeur », mais « "professeur" d'université » en mettant entre guillemet uniquement le mot professeur… Elle sait parfaitement que je suis uniquement qualifié de professeur (son usage des guillemets le prouve), mais laisse croire à ses lecteurs que je suis qualifié de « professeur d'université » ce qui pourrait être en effet problématique et tendancieux (en admettant que j'en sois responsable…). Pourtant, ce n'est, en aucune manière, le cas. Lucie Delaporte propage délibérément de fausses informations avec des méthodes inqualifiables.

En résumé, avec ces éléments totalement insignifiants et en usant de méthodes malhonnêtes, Lucie Delaporte entretient la confusion et trompe volontairement le lecteur pour entacher ma réputation. Elle affirme que j'utilise abusivement des titres « protégés par la loi », en l'espèce celui d'ingénieur et celui de professeur d'université : ceci est totalement faux et, au passage, diffamatoire.

Par conséquent, les vraies informations sont les suivantes : Bertrand Alliot utilise des titres « protégés par la loi », ceux d' « ingénieur-maître » et de « docteur en science politique » ; il en a  parfaitement le droit et continuera de le faire. Par ailleurs, Bertrand Alliot, il y a plus de 10 ans, a été qualifié de « professeur » dans un document d'une faculté roumaine lorsqu'il était Assistant d'Enseignement et de Recherche à l'Université…

Dans la même veine, Lucie Delaporte rapporte qu'à la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), « selon les témoignages recueillis par Mediapart, ses positions ultra-droitières ont fini par indisposer ? ». Quelles sont les personnes interrogées à la LPO ? C'est un mystère puisqu'elle ne donne pas ses sources. Je passe sur l’aspect grotesque de cette accusation (il suffit de faire une enquête sérieuse sur mes 30 ans passés à la LPO) pour noter à nouveau l'usage pervers (il n'y a pas d'autre mot) de la ponctuation. La phrase est affirmative, mais finit étrangement par un point d'interrogation. Là encore, la méthode consiste à faire croire au lecteur que la chose est avérée, que j'ai tenu des positions non de droite, non d’extrême droite, mais « ultradroitières » dans une association ayant pour but de protéger les oiseaux... Cependant, comme elle n'a aucun élément pour le prouver (les témoignages sont-ils réels ou inventés ?), elle ajoute habilement un point d'interrogation à une phrase affirmative…

 Enfin, elle affirme que ma participation à l'université d'été du parti Reconquête a créé un « malaise au sein de (mon) université puisqu’(je) (m)’y étai(s) présenté comme membre de l’université Gustave-Eiffel ». Comme je lui ai expliqué au téléphone, je ne me suis jamais présenté comme membre de l'université à cette occasion (ni à aucune autre dans le cadre de mes activités privées) : il s'agit d'une erreur des organisateurs qui a été corrigée, à ma demande expresse, immédiatement après la sortie du programme (ce dont mon employeur se souvient parfaitement). Il suffit de taper sur un moteur de recherche « Bertrand Alliot Reconquête » pour tomber facilement sur un programme indiquant « Bertrand Alliot, Action Écologie ». Au passage, j'ai signalé à Lucie Delaporte que j'étais intervenu dans au moins 5 autres partis du centre et de la droite, mais elle n'a pas jugé utile de le mentionner.

5.   Action Écologie, une organisation d'« extrême droite »

Lucie Delaporte s'efforce enfin dans son article de classer Action Écologie à « l'extrême droite » du spectre politique en la mariant de manière beaucoup trop rapide à certaines personnalités ou certaines organisations (qui ne peuvent au passage être sérieusement classées à l'extrême droite) comme Charles Gave ou l'Institut de Formation Politique (IFP).

Il est vrai qu'Action Écologie a été créée par des personnes émanant de l'IFP, peut-être classées à droite mais surtout exaspérées par une écologie prise en otage par des idéologues de gauche. Mais quel dommage de n'avoir pas évoqué un point essentiel qui aurait pu intéresser le lecteur. Depuis que j'ai rejoint Action Écologie (2 ans après sa création, je n'ai jamais eu de lien avec l'IFP auparavant), je ne cesse de répéter à nos soutiens ou nos suiveurs plutôt ancrés à droite (notre discours n'intéresse malheureusement pas beaucoup les personnes classées à gauche) qu'il ne faut pas mélanger les thèmes environnementaux avec les marqueurs de la droite. Autrement dit, il ne faut pas reproduire la faute commise par les représentants habituels de l'écologie qui mêlent leurs obsessions égalitaires et émancipatrices (qui peuvent être légitimes) au combat pour la préservation de la planète.

Je répète donc inlassablement qu'il ne faut pas mêler les obsessions identitaires de la droite (qui peuvent être légitimes) aux positionnements sur les politiques environnementales. Lucie Delaporte connaissait parfaitement cette ligne directrice d'Action Écologie puisque je la lui ai exposée au téléphone et qu'elle m'a dit avoir écouté mes débats avec certains représentants de la droite, mais elle passe l'information volontairement sous silence. Par ailleurs, il faudrait lui rappeler que le WWF a été créé par un eugéniste et la LPO par des chasseurs… C'est le destin des structures de trouver leur propre chemin… Qu'adviendra-t-il de Médiapart maintenant que son créateur est parti ?

 Pour finir et pour votre information, Action Écologie n'a absolument aucun lien avec Charles Gave, l'Institut des Libertés ou les actionnaires du magazine Transitions & Énergies contrairement à ce que laisse penser l’article.

Tout au long de son article, le manque d'honnêteté intellectuelle de Lucie Delaporte est flagrant et les méthodes qu'elle utilise sont en totale contradiction avec la déontologie journalistique".

Portrait d’un contestataire chasseur et ruraliste

Entretien réalisé le 13 juin 2008 à Cubzac-les-Ponts dans le cadre du projet "Europe rebelle" de l'Université Paris-Est Marne-la-Vallée

Eddie Puyjalon a débuté sa carrière comme ouvrier dans une usine d’engrais, la COFAZ, aujourd’hui un site démantelé où il demeure encore aujourd’hui en tant qu’agent de maîtrise pour la société FORESA sur l’unité de ses débuts. Il habite dans une zone résidentielle de la petite commune de Cubzac-les-Ponts, située à une vingtaine de minutes au nord de Bordeaux. La Dordogne coule dans les environs ; la vigne, les pins et le marais font partie du paysage.

Le côté protestataire de Monsieur Puyjalon ne transparaît pas au premier abord. Cela tient sans doute à sa discrétion, au fait qu’il n’élève jamais la voix, mais aussi que beaucoup de choses sont chez lui « simples et soignées » : son habillement, ses petites moustaches, la coupe courte de ses cheveux noirs. Cet aspect se retrouve d’ailleurs dans son environnement immédiat : la maison et le garage sont parfaitement rangés et entretenus, le dallage extérieur balayé, la pelouse tondue. Il n’y a guère que les tomates qui ont « attrapé la maladie » à cause des pluies incessantes du printemps, qui semblent avoir manqué d’attention.

Au fond du jardin, des volières immenses abritent un nombre de canards impressionnant. Beaucoup sont des hybrides, mais derrière les anomalies de plumage, l’observateur attentif reconnaîtra aisément certaines espèces : sarcelles, souchets, siffleurs, pilets, etc. À l’approche du visiteur, tout ce beau monde s’agite bruyamment. Un vieux réflexe les voudrait faire s’envoler, mais l’une de leurs ailes coupées les entraînent dans des mouvements comiques et désordonnés. Aveugle et boiteuse, seule la doyenne des canes (elle a plus de vingt ans !) sait rester digne. L’inquiétude que ses congénères expriment à travers leur agitation stérile, elle la fait passer tout entière dans son œil blanc qui vous "regarde".

La bonne forme des oiseaux et leur fécondité démontre qu’ils sont, eux aussi, bien soignés : ils mangent à leur faim et profitent de bassins à l’eau constamment renouvelée par une source qui traverse la petite propriété. Il faut dire que ces palmipèdes ne sont pas seulement là pour la décoration. À la saison de chasse, ils servent d’appelants et, au dire de leur propriétaire, certains d’entre eux jouent leur rôle avec loyauté et professionnalisme...

Manifestement, Eddie Puyjalon aime et connaît particulièrement bien la faune. Il a laissé celui que les ornithologues nomment le « troglodyte » et qu’ici on appelle le « roitelet » construire son nid dans le garage. La chienne, bien portante, est chaleureuse et semble apprécier la compagnie des volatiles. Quand vous faites remarquer à son propriétaire que le torcol chante à tue tête dans le voisinage et que le milan noir survole les canards inaccessibles, il semble savoir parfaitement à quelles espèces vous faites référence : c’est certain, ce chasseur de gibier d’eau ne connaît pas seulement les espèces qu’il a le droit de mettre en joue.

Dans la salle à manger, il y a deux vitrines pleines d’oiseaux naturalisés. On y reconnaît beaucoup d’espèces gibiers, mais aussi un certain nombre d’espèces protégées comme une avocette, un martin-pêcheur ou encore un héron bihoreau... Le propriétaire vous fait bien comprendre qu’elles n’ont pas été braconnées, mais collectées çà et là en diverses occasions. La plupart du temps, elles ont été retrouvées mortes. Cette collection d’un autre âge a d’abord et avant tout une valeur sentimentale inestimable. Et pour cause, elle est l’héritage d’un père aujourd’hui disparu qui, en des temps éloignés, a exercé la profession de taxidermiste.

De l’enfance à l’âge d’émancipation

Eddie Puyjalon est né en 1959 à Cubzac-les-Ponts dans l’une des familles les plus anciennes du village. Ces grands parents maternels étaient vignerons, mais on pourrait aussi bien dire paysans dans la mesure où la ferme pourvoyait à la majorité des besoins : comme c’était le cas dans beaucoup de familles à cette époque, on cultivait un jardin et on élevait des animaux : poules, canards, cochons, etc. Son père était paysagiste et sa mère ouvrière à l’usine Sanofi toute proche. Sa famille n’a donc jamais quitté le village. Ses grands parents étaient proches du communisme et ses parents du socialisme. Il a donc grandi dans une famille de gauche bien que, dit-il, il n’ait jamais été entouré d’idéologues. Il se dit plutôt issu d’une culture « humaniste » où les valeurs du partage, de l’entraide avaient de l’importance et où l’on n’hésitait pas à s’engager. Sa mère a ainsi longtemps milité à la CGT comme lui et son frère aujourd’hui.

Durant sa jeunesse, il fut clairement marqué par la vie rurale. Il se souvient avec émotion du bruit des presses mécaniques, des travaux de la vigne lorsqu’on devait « tirer les cavaillons », les fréquents et chaleureux repas de famille. Il se souvient de ces journées passées à la pêche avec son grand-père. À midi, sa grand-mère parcourait sept kilomètres à vélo pour leur apporter le casse-croûte. Elle déjeunait avec eux et repartait travailler la vigne. 

Eddie Puyjalon accompagnait régulièrement son aïeul qui chassait le canard dans le marais. Cette zone humide, immense et mystérieuse, lui faisait peur, surtout la nuit. En de nombreuses occasions, il venait cependant y attraper des grenouilles vertes qu’on cuisinait ensuite à l’ail et au persil. Aujourd’hui, elles ont malheureusement disparu à cause de l’une des espèces invasives qui, ces dernières années, ont colonisé la France : la grenouille taureau, énorme amphibien capable d’avaler des oiseaux ! Il se souvient aussi lorsqu’il participait à l’engraissement des canards : on mélangeait alors du son qui était bon marché avec des orties coupées. Les volatiles profitaient bien de l’astucieuse mixture.

Il fut élevé dans la religion catholique. Sa famille respectait les rites : la messe du dimanche, les rameaux, les communions... Il allait aussi à l’école du curé. Bref, il était intégré à cette temporalité rurale rythmée par les travaux des champs et les cloches des églises. Il a gardé une affection pour les prêtres-ouvriers qui avaient une expérience de la « vraie vie » et qui n’avaient pas d’exigences ou d’objections de principes comme certains curés d’aujourd’hui. Malgré cette éducation traditionnelle, il n’a jamais obligé sa fille à quoi que ce soit en matière de religion. Il ne la « dirige vers rien » dit-il. Il se définit d’ailleurs lui-même comme « croyant non-pratiquant ».

Durant son adolescence, pendant les deux mois d’été, il était envoyé chez ses grands- parents paternels. Il garde surtout le souvenir de son grand père qui avait fait la guerre et qui n’hésitait pas à raconter son passage à Auschwitz et les cinq années durant lesquelles il fut prisonnier de guerre. Il mentionnait les moments difficiles, mais relatait également les rares éléments positifs. Il parlait volontiers de ce gradé allemand qui l’appréciait et qui, en le mettant un peu « à l’abri », l’avait aidé à traverser ces années de guerre en territoire ennemi. Le souvenir de cet aïeul rappelle à Eddie Puyjalon l’importance de la transmission orale. Il se souvient qu’on lui contait les actes de résistance, lorsque les gens de la campagne cachaient les fusils dans le fumier pour les mettre hors de portée des Allemands. L’histoire de France était toujours racontée. Il n’y avait pas de coupure entre les générations. Ceci n’est sans doute plus vrai aujourd’hui. C’est en tout cas ce qu’il ressent.

Eddie Puyjalon n’a pas fait de longues études. Il a passé un BEP (Brevet d’Etude Professionnel) d’electro-mécanique et a très vite rejoint le monde des actifs. Il a travaillé dès 14 ans durant les périodes estivales. Au terme de son service militaire, effectué à Lyon, il est entré à l’âge de 19 ans à la COFAZ où il œuvre encore aujourd’hui. Cette entrée relativement précoce dans le monde du travail lui rappelle qu’il a réalisé trente ans de 3/8. Il pense probable que cela aura un impact sur sa santé et que, s’il en croit les statistiques, son espérance de vie est diminuée. Cependant, il n’a d’autre choix que de s’en accommoder.

La contestation

L’origine de son caractère contestataire remonte sans doute à l’enfance. Il n’y a pas eu d’évènement fondateur particulier, mais il se souvient que les injustices l’ont toujours révolté. Par exemple, il se remémore que l’une de ses institutrices donnait régulièrement (et devant toute la classe) des fessées à certains élèves. Et chose étonnante : seuls les garçons étaient humiliés de la sorte. Le jeune Eddie Puyjalon n’avait pas protesté à l’époque : que peut un enfant devant l’autorité d’un adulte ? Mais, il est certain qu’en ce genre d’occasion, il contenait sa colère. Chez lui, l’abus d’autorité et l’arbitraire ont toujours provoqué un malaise.

Eddie Puyjalon a commencé sa contestation « publique » en s’engageant syndicalement dès son entrée dans le monde du travail. Dans ce domaine, il est sans doute l’héritier de deux personnages : sa mère et un syndicaliste qu’il a rencontré dès son arrivée à l’usine. La première a longtemps milité à la CGT. C’était une femme très impliquée et consensuelle. Elle n’avait pas les défauts du syndicaliste jusqu’au-boutiste et c’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles elle a su se faire apprécier des dirigeants de l’usine. C’est ainsi que l’ancien patron de l’usine Sanofi prend régulièrement de ses nouvelles. Le second était selon lui « un exemple d’individu ». Sa vie professionnelle durant, il s’était engagé pour les autres. Il défendait coûte que coûte ses collègues de travail sans aucune distinction: il s’engageait aussi bien pour ses « amis » que pour ses « ennemis ». On sent bien qu’Eddie Puyjalon trouve chez ce personnage les traces d’un certain héroïsme. Il mentionne ainsi que pour le punir de son engagement, ce syndicaliste avait eu droit à un traitement de « défaveur » : il était installé, par exemple, sur les mauvaises machines... Cet engagement sans retenue pour les autres l’a incontestablement touché. Bien qu’il ne se reconnaisse aucun modèle, Eddie Puyjalon a été profondément influencé par ce qui reste pour lui deux figures du syndicalisme.

Son engagement personnel a été motivé par l’amélioration des conditions de vie et de travail des ouvriers qui ne vivaient pas dans le luxe. Les doubles actifs (les ouvriers paysans) vivaient relativement bien parce qu’ils tiraient un revenu supplémentaire de la ferme. Les ouvriers, eux, étaient moins bien lotis. Aujourd’hui, il est particulièrement préoccupé par le manque indéniable de sécurité dans son usine. Celle-ci est classée en Seveso 2 et il assiste, presque impuissant, à la dégradation de la situation. Il y a, selon lui, de vrais signaux inquiétants qui le rendent assez méfiant sur la sécurité des usines nucléaires par exemple.

La caractéristique de l’engagement syndical d’Eddie Puyjalon est de ne jamais se traduire par un excès. On pourrait dire qu’il possède une culture du « juste milieu », expression qu’il utilise souvent. Il n’a aucun ennemi particulier et pense que l’exercice syndical doit aboutir à un équilibre entre ce que les travailleurs peuvent légitimement obtenir et ce que les dirigeants sont capables de donner. Les travailleurs ont des droits, mais ne doivent pas oublier leurs devoirs. Tout est une question de mesure et le but est finalement de vivre dans une bonne entente. Il a probablement appris cette contestation sans excès au contact de ses deux figures syndicalistes tutélaires, mais elle n’est aussi pas sans lien avec sa personnalité. Depuis l’enfance, Eddie Puyjalon est quelqu’un de serviable et de consensuel. Il ne parvient pas à rester indifférent aux autres. C’est d’ailleurs pourquoi son épouse le surnomme avec humour « l’Abbé Pierre ».

Son engagement syndical est aussi marqué par un regret: celui du manque d’investissement des nouveaux travailleurs. Personne aujourd’hui ne souhaite s’investir au sein du syndicat. Ses jeunes collègues n’ont souvent d’intérêt ni pour leur entreprise ni pour les anciens. D’une certaine manière, on pourrait dire qu’il est nostalgique d’un certain capitalisme familial. Il déplore le désintérêt généralisé et l’individualisme d’aujourd’hui et se souvient avec regret des relations empreintes de respect et d’affection qu’entretenait le patron avec ses ouvriers.

Le deuxième engagement très important de sa vie est celui pour la chasse et la protection de la nature. Il est adhérent de Chasse Pêche Nature et Tradition (CPNT) depuis sa création en 1989 et en devient le secrétaire général en 2008 (il en est le président depuis 2016). Rappelons que ce mouvement s’est constitué pour lutter contre les nouvelles réglementations sur la chasse décidées par l’Union Européenne notamment celles concernant la chasse aux oiseaux migrateurs issues de la directive dite « oiseaux ». Bien qu’adhérent de la première heure, Eddie Puyjalon ne s’est pas investi dans cette structure jusqu’en 2000. Or, cette année-là voit la préparation et l’adoption de la loi chasse sous la conduite de Dominique Voynet, ministre Verte de l’environnement, loi fortement génératrice de restrictions ou de contentieux selon ses opposants. La volonté du gouvernement d’alors de faire mieux respecter le droit communautaire en France fait peser de lourdes menaces sur des pratiques déjà anciennes comme la chasse de nuit.

Ce changement d’attitude des autorités va pousser Eddie Puyjalon à une action « coup de poing » le 14 juillet 2000. Ainsi, en ce jour de fête nationale, il participe, avec des chasseurs et des militants de CPNT, au blocage du Jumping de Blaye en Gironde, évènement international à forte résonance médiatique. Le but est alors d’alerter l’opinion et de faire pression sur les députés. Le blocage ne dura qu’une vingtaine de minutes, les participants étant eux-mêmes gênés de leur entreprise, mais cet évènement montre qu’un point de rupture était atteint. (Depuis ce blocage, Eddie Puyjalon et ses amis sont partenaires officiels du Jumping et n’ont jamais manqué une année pour aider à l’organisation).

Selon Eddie Puyjalon, les attaques venant de « Bruxelles » et du gouvernement français sont un acharnement injustifié contre des pratiques finalement assez peu répandues et surtout qui ont un impact limité sur les espèces et les espaces naturels. Il met toujours en parallèle les destructions dues à l’industrie, à l’agriculture ou à la pêche intensives et celles dues aux chasseurs ou aux braconniers. Pour lui, une conclusion s’impose : l’impact des pratiques traditionnelles est infime comparé à celui du secteur économique moderne qui agit comme un rouleau compresseur sur cette nature qu’il s’efforce de protéger. Il prend notamment l’exemple des civelles qui remontent encore dans l’estuaire de la Garonne. L’Union Européenne, dit-il, s’en prend aux braconniers qui prélèvent 200 grammes de civelles alors qu’au large, les chaluts en prennent beaucoup plus. Lui-même a d’ailleurs constaté l’explosion de la pression de pêche qui s’est traduite par l’augmentation notable du nombre de bateaux.

La révolte d’Eddie Puyjalon contre les autorités nationales et européennes vient donc d’abord de ce sentiment que les chasseurs sont devenus des boucs émissaires. Selon lui, les vraies causes de la dégradation des milieux naturels sont ailleurs. L’intensification de l’agriculture s’est par exemple accompagnée d’un déversement colossal de produits phytosanitaires dans l’environnement, de la mise en place d’un drainage à grande échelle et d’une élimination systématique des haies. L’urbanisation, quant à elle, a provoqué la disparition des habitats de la faune sauvage. Et, face à cette destruction de grande ampleur, la seule réponse des autorités semble être la stigmatisation de pratiques traditionnelles.

Le sentiment d’injustice est d’autant plus fort que les personnes qui sont ainsi visées participent activement et quotidiennement à la préservation des milieux naturels. Eddie Puyjalon précise que lorsque qu’il prélève un animal, il en fait vivre dix. Le prélèvement du gibier n’est en effet qu’une « infime partie de l’activité chasse ». Il explique que celle-ci se poursuit en dehors des périodes d’ouverture lorsque le chasseur participe à la plantation de haies, aux opérations de repeuplement ou à la protection du marais. Il est donc évident que le chasseur amateur est un protecteur de la nature. Par conséquent, Eddie Puyjalon conteste l’autorité qui vient « d’en haut », celle des technocrates de « Bruxelles » ou des chercheurs qui viennent lui signifier ce qu’il est autorisé à faire ou ne pas faire dans une zone qu’il fréquente, aime et protège depuis toujours.

Malgré cette révolte, Eddie Puyjalon dit comprendre la forme d’éthique qui se cache derrière l’opposition à certaines pratiques. Il croit en effet qu’il faut, en matière de chasse comme en tout autre domaine, savoir s’imposer des limites. Au fond, tout comme le syndicaliste, le chasseur doit être responsable. Il n’est donc pas entièrement hostile aux associations de protection de la nature ou même aux partis écologistes. Bien souvent, il trouve que les membres de terrain de ces mouvements sont relativement consensuels à l’inverse de leurs dirigeants nationaux au positionnement plus radical. Il pense notamment à Allain Bougrain Dubourg, président de la Ligue pour la Protection des Oiseaux et opposant historique et médiatique au braconnage de la Tourterelle et bien sûr à Dominique Voynet. À l’échelon local cependant, il admet que les intérêts de chacun peuvent converger. C’est pour cette raison qu’il dit avoir parfois l'idée « saugrenue » de réunir un jour autour d'une même table les scientifiques, les ornithologues, les chasseurs et tous les gens de bonne volonté, afin d'aborder d'une manière posée et réfléchie la sauvegarde de la biodiversité. Il pense que la solution aux problèmes d’environnement viendra d’une collaboration étroite entre tous les acteurs. Seule une gestion intelligente, consensuelle et partagée pourrait permettre la restauration des secteurs atteints et dégradés des milieux naturels. En d’autres termes, il faudrait mettre fin aux affrontements stériles.

Malgré cette bonne volonté manifeste, Eddie Puyjalon sait parfaitement qu’il est difficile de dépasser les antagonismes. Il admet aussi que l’engagement militant doit malheureusement passer par l’identification d’un « ennemi » qui sert de catalyseur. Par ailleurs, la réduction des oppositions doit sans doute passer par des concessions de la part des deux camps. Or, lorsqu’on l’interroge sur certains dossiers comme la chasse de printemps dans le Médoc ou la capture des Ortolans dans le sud-ouest, on sent bien qu’il est loin d’admettre que ces pratiques devraient être proscrites.

Sur l’Ortolan, il estime qu’interdire le piégeage de manière autoritaire ne servirait à rien ; seule son utilisation dans le cadre mercantile devrait être empêchée. À propos du braconnage de la tourterelle des bois, il pense qu’il est tout à fait possible de prélever des oiseaux sans mettre en danger la population globale. Il faut simplement que cette pratique reste une particularité régionale. Lui-même dit n’être jamais allé chasser la tourterelle et avoir milité pour que cette chasse reste réservée aux Médocains. Le Médoc a été façonné par les pylônes ; ils font donc partie de son identité. Pour Eddie Puyjalon, c’est peut-être le point le plus important.

Tourterelle des bois

Tourterelle des bois

Finalement, il semble n’avoir aucune position dogmatique : il semble être ni pour ni contre la chasse de printemps ou la capture des ortolans. Il défend l’idée de laisser les gens pratiquer leur art de vivre comme ils l’ont toujours fait. Cette position semble relever d’un sentimentalisme davantage que d’un raisonnement rationnel. Il est touché par le fait que l’on puisse priver certaines personnes d’une pratique qui a toujours fait partie intégrante de leur existence, qui forge leur identité, et qui les lie à leur terre de naissance. Ce sentiment est d’autant plus fort, semble-t-il, que la menace est exprimée par une froide autorité scientifique et technocratique.

L’autre aspect de l’engagement d’Eddie Puyjalon en faveur de la chasse est sa présence aux élections locales. Il s’est présenté sous l’étiquette CPNT à plusieurs reprises depuis 2002 aux élections cantonales, législatives, sénatoriales et européennes. Ses meilleurs scores concernaient les élections cantonales où il est parvenu, en 2002, à obtenir 43% des voix au deuxième tour. Généralement, ses scores ont été cependant beaucoup plus faibles : entre 3,12% et 18% des voix selon l’année et le type d’élection. Il reconnaît que l’audience de CPNT a baissé depuis l’élection présidentielle de 2002 où le mouvement avait réussi à obtenir des scores plus qu’honorables pour un mouvement de cette importance. 

Eddie Puyjalon voit trois explications. La première est que le contexte a changé. Les débats sur la chasse et les pratiques traditionnelles ne font plus l’actualité et les Verts ne sont plus au gouvernement. Les réussites électorales de CPNT reflétaient en partie une réaction épidermique contre l’arrivée des écologistes au gouvernement et à leur volonté de faire appliquer la réglementation de façon stricte puis de la durcir. La deuxième est que Jean Saint- Josse, figure emblématique du mouvement, a volontairement passé le témoin à plus jeune que lui, dans un contexte politique difficile (notamment avec le « vote utile »), en la personne de Frédéric Nihous moins connu. Eddie Puyjalon reconnaît à Jean Saint-Josse un côté excessif, mais il sait aussi que sa personnalité a fait beaucoup pour le succès des idées qu’il défend. Enfin, la troisième raison est plus « sociologique ». Il y a davantage d’urbains aujourd’hui qu’hier alors que les supporters de son parti se trouvent naturellement plutôt à la campagne. La disparition progressive du mode de vie rural prive CPNT d’un certain nombre d’électeurs. Par ailleurs, l’urbanisation galopante autour de Bordeaux a modifié la population des circonscriptions périphériques de l’agglomération. En bref, elles sont beaucoup moins rurales qu’auparavant et les idées défendues par CPNT ont automatiquement moins d’échos.

Regard sur la France et le monde

Malgré cet engagement politique, Eddie Puyjalon ne se sent aujourd’hui ni de droite ni de gauche. Il est, bien sûr, issu d’une famille de gauche, mais comme beaucoup d’adhérents ou sympathisants de CPNT, il reconnaît avoir été très déçu par le mitterrandisme. Jeune électeur, le 10 mai 1981, comme de nombreuses personnes, il a bu le champagne. Puis est venu le temps du désenchantement. Les conditions salariales ne se sont pas améliorées et l’argent a été dilapidé. La gauche n’a pas fait mieux que la droite, loin de là. Il se souvient particulièrement et avec amertume des infirmières recevant des coups de matraque, de l’affaire Elf et de « l’épisode Jospin » qui a vu l’avènement de la gauche plurielle et l’arrivée au coeur du pouvoir des écologistes emmenés par Dominique Voynet.

Même s’il dit de façon répétée s’inscrire dans le ni droite ni gauche, il semble être maintenant plus intéressé par le discours et les actions de la droite. À l’origine de cette préférence qu’on pourrait qualifier de « conjoncturelle », il y a bien sûr la trahison de la gauche, mais ce n’est pas la seule raison. Il constate qu’il est plus facile de discuter avec les représentants de la droite. Il prend acte par exemple que seule la droite accepte aujourd’hui de dialoguer avec CPNT. Il trouve que les personnalités de ce camp sont plus à l’écoute et plus abordables. Ils sont attentifs aux cas particuliers, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas indifférents à la personne humaine et aux difficultés qu’elle peut rencontrer au jour le jour. Les responsables de la gauche ont, selon lui, une attitude plus ambiguë. Ils ont notamment des difficultés à mettre en accord leurs paroles et leurs actes.

Lorsqu’on l’interroge sur « l’état du monde » et sur son avenir, Eddie Puyjalon se montre pessimiste. Une conviction est ancrée en lui : « le meilleur est derrière nous ». Il y aura, dans les décennies à venir, des régressions sociales et environnementales sans doute inévitables. Il voit au jour le jour se dégrader les conditions de travail dans son usine et il se dit de plus en plus inquiet pour la sécurité et la santé des ouvriers en général. Mais, cette vision pessimiste de l’avenir est sans doute à replacer dans la nostalgie de la vie rurale qu’il a connue pendant son enfance et sur laquelle il pense, avec regret, devoir faire un trait.

Tout le pousse aujourd’hui à se retirer, à rester « dans son coin », en compagnie de sa femme et de sa fille. Finalement, dit-il, nous sommes pris dans un tourbillon ; la situation, globalement, nous échappe. Cependant, il croit, ou se persuade, que son action n’est pas complètement inutile, qu’il peut encore influer sur le cours des choses. Malgré son engagement quotidien, Eddie Puyjalon est donc plutôt pessimiste. Il va même jusqu’à dire qu’il « se punit tous les jours » dans la mesure où son activité militante lui apporte des soucis, de la fatigue, etc., pour un résultat somme toute hypothétique. En lui semblent donc cohabiter deux forces contradictoires. D’abord celle qui le pousse à conserver son esprit de révolte et à participer à son échelle à faire évoluer un monde à l’avenir incertain. Ensuite, celle qui le pousse à déposer les armes et profiter d’une existence la plus paisible possible en se consacrant à sa famille et à sa passion pour la nature.

On sent bien qu’il serait prêt à se retirer dans la hutte de chasse qu’il s’est construit dans l’estuaire de la Gironde. Il évoque ce lieu sans élever la voix, comme si en parler sans précaution c’était déjà le dévoiler au monde entier alors qu’il voudrait qu’il reste pour longtemps un jardin secret. C’est de cette tonne qu’il contemple la nature immuable à l’abri de l’autre monde, celui dans lequel il ne peut s’empêcher de revenir pour accomplir son action militante. C’est ce retour, dans une certaine mesure « obligé », qui constitue une partie de la punition dont il parle. Il entraîne en effet autant de soucis et de tourments que la nature lui apporte de sérénité et de plénitude. Eddie Puyjalon est donc pris entre deux mondes et entre deux forces qui s’opposent. Pour l’instant, il ne semble vouloir céder complètement ni à l’une ni à l’autre et reste ainsi entre deux eaux. Il a pris acte de cette contradiction.